Humilité
L'humilité est une vaste mer
cachée derrière d’insondables forêts,
ensevelissant jusqu'au jour nouveau
nos âmes encore corrompues.
Lorsque nous percevons son horizon
tel un océan étale achevant son trait,
le lointain nous dessine et nous montre
les turbulences des eaux qui ne sont plus.
Les humeurs achevées, la mort disparue,
elle nous montre qu'elle est soleil,
rayonnement de l'éther à la vie de l'Esprit
après avoir erré entre les dieux qu’elle a montrés.
Elle est l'étendue laborieuse du chant
que la vie ne sculpte plus, car achevée ;
elle est cet accomplissement de l'âme
ayant cessé de croire qu'elle est au-dessus de tous.
Et l'Ange dit à l’imprudence folle,
au gémeau foudroyant l'océan de sa colère :
« Que nul ne vole le soi-esprit d’un autre,
que poésie crée sans craindre mon courroux ! »
Car l'humilité ne se forge que de la main
que j'ai menée vers l’horizon de ma voix
afin que la lumière d'un autre jamais ne soit volée
quand les ténèbres veulent s'en saisir.
Il arrive un moment sur l'échelle des vies,
où l'homme est lâché pour être libre,
rendu à son origine parfaite dans l’Adam,
le labeur ayant butiné l’extrême douleur.
Car qui ne souffre pas en âme et en esprit,
car qui ne souffre pas en son architecture,
n'a pas effleuré la substance de l'amour,
l'amour étant issu de la souffrance exacerbée.
« Va ! dit l'Esprit à l’âme d’orgueil. Ne pêche plus !
Ne tente plus de te revêtir de l’âme de ton pareil
qui n’est pas toi. Révèle la lie qui t'anime,
car tu m’as irrité au plus haut degré dans les Nues. »
L’humilité en les dieux étant une vaste mer,
forgée de remous nés des nuits de clarté,
raconte ce qu’il a fallu de temps pour être,
et de fléaux d’avoir volé autrui.
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