L'ombre rampante
Qu'est donc cette ombre rampante, vile erreur,
Allant tranquille, et cependant avec fureur ?
Quel tapage, sans cesse mutant son vacarme,
Que monologue crie son désespoir sans larmes !
Entendez-vous le silence arpentant la nuit,
Monologuant son repos, faisant tant de bruit ?
Que de bruits muets qui, aujourd'hui, ont crié
Tout le désamour dans le désaveu d'une vie pillée !
Qu'ont-ils à plisser leur bouche et leurs yeux,
Quand vent ne passe pas près des adieux ?
Que de déraison en ce sombre après-midi
Qui a piétiné la rose, ses pétales cramoisis !
Mais qu'ont-ils tous à hurler, les yeux injectés,
La joue gonflée des gifles verbales infectées ?
Que de douleurs au verbe, que doubles saisissent,
Quand la haine se joue de l'amour, pour un toit sans oasis !
De qui parlez-vous quand les mots s'amusent
À blesser le jardin des fleurs avant l'hiver qui accuse ?
Il faut quelques valeurs pour tant de haine vécue,
Sans la haine d'autres, saurai-je qui je suis d'invaincu ?
Tableau de Béatrice Lukomski-Joly
Pastel sec
"Arbres morts"
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