Pour écrire un poème - à la manière de Jacques Prévert -
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Pour écrire un poème,
Prenez d’abord une feuille de papier,
Qu’il soit parchemin ou papier du pauvre ;
Puis prenez une plume de cygne blanc
Que vous aurez taillée, aiguisée, effilée.
Trempez celle-ci dans l’encre violette
Ou noire ou bleue, comme il vous conviendra.
Tracez des lignes et des volutes sur le papier
Pour vous familiariser avec l’outil pointu,
Aussi avec l’intimité de son être élémentaire.
Parlez à la plume, à l’encre et au papier
De vos intentions. Elles doivent leur plaire.
Sans leur accord, vous ne ferez rien de bon.
Ils mettront de la discorde entre les mots,
Se feront valoir de génie sans l’être.
Oui ! Parlez à la plume, l’encre et le papier,
Comme forme sublime de votre respect.
À leur égard silencieux, que votre regard soit,
Car ils sont le corps physique du poème,
Tout comme vous avez un corps abritant votre âme.
Méditez leur forme.
À l’un, un liquide* tel l’océan* bleu et d’écume
Nourrissant et respirant la terre.
Au papier, la matière du bois* coupé, de la forêt
Qui s’est sacrifiée pour recevoir votre poème.
À la plume*, le don de l’oiseau lors son bain*,
Quand l’océan* a rassasié la rivière* et le fleuve*.
Pensez leur harmonie et leur symphonie
Quand d’une note, ils jouent votre pensée.
Tout est là pour commencer et c’est don.
Don de la vie, don de l’amour, don de la sagesse,
Qu’ils auront offert à votre conscience,
Votre entendement pour votre âme de sensation
Allant du cœur vers les hauteurs de l’Esprit.
Après avoir médité leurs êtres, allez dormir
Et demandez à la nuit la parole angélique ;
Qu’elle soit chantante ou de colère,
Ils vous souffleront les mots pour les décrire,
Afin de dire aux hommes leur émotions
Que ceux-ci ne voient pas, n’entendent plus,
Et deviendront vos amis sur terre par le nuage clair.
La plume* doit être fluide, comme la force de l’eau*,
Afin d’épouser le souvenir de l’écorce du bois*.
Au matin, réveillez-vous lentement,
Prenant soin de vos pensées venues du ciel
Que le sommeil a sculptées pour votre poème.
N’oubliez pas de remercier la Providence
Pour ce qui descend de la Pensée vers vous,
Et soignez votre clarté pour leur lumière.
Vous êtes prêts. Vous pouvez écrire.
La Providence se manifestera d'un rayon de soleil,
Scintillant sur les perles de rosée* déposées sur les feuilles,
Traversant la transparence de la vitre,
Jouant avec le rideau qui la revêt.
Le poème est mûr dans la luminosité du matin,
Jouant de l'aube émeraude vers son aurore flamboyante.
C'est d'un fa ou d'un la majeur qu'il donne le ton,
Élisant la harpe ou le tambour,
Le piano ou le pipeau pour se chanter.
Le poème doit être spontané et libre
Que vous comptiez ou pas ses foulées,
En syllabes engagées et rythmées,
De césures en enjambées libres,
Sans oublier de compter les diérèses et les synérèses,
Les rimes féminines et masculines, si l’envie vous dit.
Demeurer libre d’être une volonté qui va,
Sans vous marteler la pensée qui n’a cure de la rigidité.
Ne soyez pas sclérosée dans la forme
Qui, d’une vie, fait état du peu de mobilité de l’âme.
Aimez avant toute chose le verbe qui se déverse
Car, lui seul, crée le mouvement de la plume* et de l’encre*.
Relisez-vous à haute voix,
Entendez le chant du poème
Lorsque vous le déclamer, acteur de sa vie.
S’il n’est que cacophonie, passez son chemin et jetez le.
L’âme de cœur n’aura pas dit son chemin.
S’il est harmonique, posez la plume sur le papier.
Dite merci à nouveau au cygne* pour son offrande,
Aussi à l’encre sans lesquelles vous n’auriez rien pu écrire.
Regarder par la fenêtre si vous êtes chez vous,
Simplement lever les yeux si vous êtes assis au bord de l’eau,
Cherchez des yeux l’arbre encore vert
Qui offre sa fibre pour votre entendement,
Et pensez à leur lire ce qu’ils sont devenus,
Un poème !
Ce poème fut écrit un jour de lassitude lorsque l'on me dit que la poésie ne servait plus à rien, et qu'avoir des idées était difficile, que le romantisme était mort, que la poésie relevait des bisounours et bien d'autres choses désagréables à entendre lorsque nous sommes poète. Aussi ai-je eu envie très simplement de l'expliquer, sans y mettre de forme, le laissant libre d'aller là où il voulait aller, tel un vagabondage qui affirme son errement achevé et conclue dans un cri :
" Mais si, je sers à quelque chose ! Mais si, je suis une valeur ! Je suis ton âme dans l'âme du monde."
*eau, liquide, océan, symbole de l'encre ;
écorce, bois, symbole du papier ;
plume de cygne symbole du stylo-plume.
Paru dans "Lumière et ténèbres"
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